Kevin Warsh, désigné par Donald Trump pour prendre la tête de la Fed en mai 2026, le 10 juillet 2024 à Sun Valley, dans l'Idaho ( Getty / KEVORK DJANSEZIAN )
Kevin Warsh a cherché mardi à convaincre les sénateurs américains qu'il n'était pas "la marionnette du président" décrite par la sénatrice Elizabeth Warren, et qu'il comptait défendre l'indépendance de la Réserve fédérale américaine (Fed), s'il était confirmé à la tête de l'institution.
La chambre haute doit valider sa nomination pour qu'il succède à Jerome Powell dans un mois, mais la date du vote n'est pas encore connue.
Son audition a montré des sénateurs divisés de manière partisane, avec un clair soutien de républicains envers Kevin Warsh, alors que les démocrates ont questionné l'évolution de ses positions pour les faire coller à celles du président américain.
"Je vais gâcher le suspense, vous serez confirmé", a ainsi déclaré le sénateur républicain Bernardo Moreno, dernier à s'exprimer.
Kevin Warsh s'est appliqué à défendre sa volonté d'être un "acteur indépendant", rejetant l'idée qu'il puisse s'engager auprès de Donald Trump sur le fait d'abaisser les taux de la Fed: "je ne m'y suis pas engagé", a-t-il assuré.
Le président américain Donald Trump dans le Bureau ovale de la Maison Blanche à Washington, le 30 janvier 2026 ( AFP / Annabelle GORDON )
Lors d'une interview accordée à CNBC, avant le début de l'audition, Donald Trump n'a pas caché ses attentes, assurant qu'il serait déçu si Kevin Warsh, une fois à son poste, n'abaissait pas fortement les taux directeurs de la Fed.
Dans sa déclaration préliminaire, Kevin Warsh a assuré qu'"une politique monétaire indépendante était essentielle".
Cette indépendance "dépend avant tout de la Fed" elle-même, selon lui, ajoutant: "je ne crois pas que l'indépendance opérationnelle de la politique monétaire est particulièrement menacée quand des élus s'expriment sur les taux directeurs".
Une référence claire aux commentaires de Donald Trump, qui répétait encore mardi que "nous devrions avoir les taux d'intérêt les plus bas du monde".
La sénatrice américaine Elizabeth Warren, démocrate du Massachusetts, au Capitole à Washington, D.C., le 3 février 2026 ( AFP / ROBERTO SCHMIDT )
La sénatrice démocrate Elizabeth Warren a donné le ton de l'audition, en rappelant que "tous les démocrates de cette commission avaient demandé de retarder l'audition" tant que les poursuites visant Jerome Powell n'étaient pas abandonnées.
"Le Sénat ne doit ni aider ni encourager la prise de contrôle illégale de la Fed par Donald Trump en installant la marionnette qu'il a choisie comme président", a-t-elle ajouté, au sujet de Kevin Warsh.
Celui-ci s'est défendu de cette présentation, en assurant que ce ne sera "absolument pas" le cas.
- Blocage -
En face, et c'est assez exceptionnel, le camp présidentiel ne présente pas un front uni, le sénateur de Caroline du Nord Thom Tillis ayant déjà prévenu qu'il ne voterait pas pour Kevin Warsh dans l'immédiat.
Le sénateur républicain de Caroline du Nord, Thom Tillis, le 16 septembre 2025 à Washington ( AFP / Jim WATSON )
Durant son intervention, Thom Tillis a rappelé que les états de service du candidat désigné — il a été l'un des gouverneurs de la Fed de 2006 à 2011 et est un candidat sérieux aux yeux des républicains — n'étaient pas en cause, mais bien la procédure judiciaire qui plane au-dessus de Jerome Powell, avec l'aval de Donald Trump.
En cause, les travaux engagés au siège de la Banque centrale, dont les coûts ont explosé mais que Thom Tillis a défendu durant son intervention.
La majorité présidentielle est ténue au Sénat et un seul membre républicain de la commission des affaires bancaires peut bloquer la nomination.
L'éventuelle entrée en fonction de Kevin Warsh risque d'intervenir dans un contexte complexe, alors que la guerre au Moyen-Orient a fait repartir les prix à la hausse aux États-Unis, à quelques mois d'élections de mi-mandat qui pourraient offrir le Congrès à l'opposition démocrate.
Il s'est dit décidé à s'attaquer au bilan de la Fed, qui a explosé depuis 2008, passant progressivement de moins de 1.000 milliards de dollars à plus de 6.700 milliards début 2026, une réduction qui prendra cependant du temps, a-t-il pointé.
"S'il tente au moins de ramener le bilan sous contrôle, ce sera une bonne chose", a estimé Jai Kedia, chercheur pour le Cato Institute, interrogé par l'AFP, "il comprend les effets négatifs de l'assouplissement quantitatif", qui consiste à ajouter de l'argent au système financier pour assurer un bon niveau de liquidité.
Le président de la Fed, Jerome Powell, le 18 mars 2026 à Washington ( AFP / Brendan SMIALOWSKI )
Le chef de l’État rêve depuis des mois d'accélérer le départ de Jerome Powell, dont le mandat prend fin le 15 mai.
Or, tant que Kevin Warsh n'est pas confirmé, Jerome Powell peut rester à la tête de la Fed.
La banque centrale des États-Unis est considérée comme la plus puissante du monde, ce qui fait peser une lourde responsabilité sur son président, nommé pour quatre ans.

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